Ce qu'on trouve dans le verre
Prenez un Volnay Premier Cru de De Montille, ouvrez-le après sept ou huit ans de cave, et vous comprenez immédiatement ce que « vin de terroir » veut dire concrètement. Au nez, pas de vanille, pas de grillé : de la cerise légèrement acidulée, une touche florale qui rappelle la violette, quelque chose de ferrugineux presque. C'est discret, mais c'est précis.
En bouche, la texture est effilée. Les tanins ne cherchent pas à remplir l'espace — ils tracent une ligne. L'acidité tient la structure sans être agressive, et la finale s'étire sur des notes de sous-bois et de terre humide. Ce n'est pas le vin qui cherche à vous séduire à vingt ans. C'est le vin qui vous parle à quarante.
Ce style tient à des choix très clairs dans la cave : très peu de bois neuf (souvent entre 15 et 30 % de fûts neufs selon les cuvées, parfois moins), des élevages longs mais sans surextraction, une attention particulière à ne pas écraser l'acidité naturelle du pinot noir en Côte d'Or. Étienne de Montille, qui a repris les rênes après son père Hubert, a maintenu cette ligne avec une constance remarquable depuis les années 2000.
Si vous aimez les Bourgognes tout en rondeur et en générosité immédiate, De Montille risque de vous déconcerter au premier contact. Mais si vous cherchez des vins qui racontent quelque chose sur leur lieu d'origine — leur exposition, leur sous-sol, leur millésime — vous êtes exactement au bon endroit. C'est une approche que partagent plusieurs des meilleurs producteurs de Bourgogne, mais De Montille la pousse avec une cohérence particulièrement nette.
Volnay et Pommard : le cœur du domaine
Le domaine est historiquement ancré à Volnay, et c'est là que la philosophie de la maison s'exprime le mieux. Les premiers crus Taillepieds, Champans et Mitans sont des références dans l'appellation : des vins aériens, sur la dentelle plutôt que sur la puissance. Le guide Volnay vous donnera les repères de l'appellation, mais De Montille en est l'un des interprètes les plus attendus.
À deux pas, les Pommard du domaine forment un contrepoint intéressant. Le terroir y est naturellement plus charnu, plus ferme. Dans les mains de De Montille, cela donne des vins avec une mâche réelle, des tanins plus denses, qui gardent cette tension caractéristique de la maison. Les Rugiens en particulier méritent une cave de dix ans minimum.
Le domaine s'est aussi développé en Côte de Nuits, notamment à travers des acquisitions dans les années 2000 et 2010. Les cuvées de Nuits-Saint-Georges et de Vosne-Romanée viennent compléter une gamme qui couvre désormais une belle tranche de la Côte d'Or. Pour ceux qui veulent explorer ce secteur, notre guide Nuits-Saint-Georges donne un bon panorama des crus disponibles.
Il faut aussi mentionner les blancs, plus discrets dans la communication du domaine mais très solides : des Meursault et des Puligny-Montrachet travaillés avec la même retenue que les rouges. Pas de boisé excessif, une tension citronnée qui plaît aux amateurs de blancs de Côte de Beaune dans un style non beurré.
Hubert d'abord, Étienne ensuite
Hubert de Montille était avocat de profession. Il a géré le domaine familial comme une passion parallèle pendant des décennies, ce qui a peut-être contribué à forger cette indépendance de style : il n'avait pas à plaire aux guides ou aux importateurs pour vivre. Il cherchait des vins qui lui ressemblaient — stricts, sans esbroufe, faits pour vieillir.
Le documentaire « Mondovino » de Jonathan Nossiter, sorti en 2004, l'a rendu célèbre bien au-delà de la Bourgogne. Hubert y apparaissait comme le contrepoint naturel à la mondialisation des goûts, défendant une vision du vin ancrée dans la tradition bourguignonne contre les consultants qui prônaient l'extraction et le bois neuf. La caricature était un peu facile, mais la position de fond, elle, était cohérente.
Étienne a repris le domaine progressivement dans les années 2000. Formé en œnologie, il n'a pas cherché à effacer l'héritage paternel — il l'a précisé et développé. C'est lui qui a conduit les acquisitions en Côte de Nuits et affiné le travail à la vigne, notamment en renforçant les pratiques proches du bio (sans certification systématique selon les années et les parcelles).
Aujourd'hui, le domaine produit entre 80 000 et 100 000 bouteilles par an selon les millésimes — une fourchette qui peut varier sensiblement avec les aléas climatiques comme le gel de 2021, particulièrement sévère sur la Côte de Beaune. La structure familiale est maintenue, avec une taille qui permet encore un suivi parcellaire attentif.
Quand les ouvrir et avec quoi les servir
La question qui revient le plus souvent sur De Montille : peut-on les boire jeunes ? La réponse honnête est : oui, mais vous passez à côté de l'essentiel. Un Volnay Premier Cru bu à trois ou quatre ans sera tendu, presque austère, avec des tanins qui ne se sont pas encore fondus. Le fruit est là, mais il ne s'exprime pas encore.
Pour les premiers crus de Volnay et Pommard, comptez entre six et dix ans de garde selon le millésime. Les grands millésimes comme 2015, 2019 ou 2020 peuvent attendre plus longtemps encore. Pour les cuvées de Nuits-Saint-Georges et les grands crus si vous en avez la chance, dix à quinze ans ne sont pas excessifs.
Pour les accords, ces vins — tendus, sur les fruits rouges et la terre — appellent des plats qui ne les écrasent pas. Une pintade rôtie aux champignons, un pigeon en sauce légèrement relevée, ou plus simplement un plateau de fromages de Bourgogne bien affinés (l'époisses mis à part — trop puissant). Évitez les sauces très réduites ou très grasses qui aplatissent la finesse de ces vins.
Les blancs ont un peu plus de souplesse. Un Meursault de De Montille se boit vers cinq ou six ans avec beaucoup de plaisir, sur des noix de Saint-Jacques poêlées ou une volaille à la crème légère. Gardez le Puligny pour des préparations plus épurées — il mérite qu'on ne lui fasse pas concurrence.
Où acheter et à quel prix s'attendre
Les vins de De Montille ne sont pas donnés, mais ils restent dans des proportions raisonnables pour ce qu'ils offrent. Les Bourgognes régionaux et les villages d'entrée de gamme tournent entre 25 et 45 euros la bouteille selon les millésimes et les revendeurs. C'est le bon point d'entrée pour découvrir le style du domaine sans trop engager votre cave.
Les premiers crus de Volnay et Pommard se situent généralement entre 60 et 130 euros, parfois davantage pour les parcelles les plus réputées comme les Rugiens ou les Taillepieds. Ces fourchettes varient selon que vous achetez en primeur, chez un caviste indépendant ou sur des plateformes spécialisées. Chez Vinatis, vous trouvez régulièrement des cuvées du domaine avec des fiches détaillées par millésime, ce qui aide à choisir selon votre fenêtre de dégustation.
Pour les grands crus, attendez-vous à franchir la barre des 150 euros sans difficulté — et souvent bien au-delà pour les millésimes recherchés. Mais le domaine n'est pas dans la même stratosphère que certains voisins de la Côte de Nuits : il reste accessible aux amateurs sérieux qui font des choix réfléchis.
Un conseil pratique : achetez sur plusieurs millésimes en même temps si vous pouvez. La variation est réelle chez De Montille — un 2017 plus accessible jeune, un 2019 qui demandera plus de patience. Avoir les deux en cave vous permet de comparer et d'apprendre sur le domaine. C'est l'un des grands plaisirs de suivre un producteur dans la durée, particulièrement en Bourgogne où le millésime pèse autant que la parcelle.
Questions fréquentes
Les vins de De Montille sont-ils accessibles jeunes ou faut-il absolument les attendre ?
Faut-il les attendre ? Oui, clairement. Les premiers crus s'ouvrent vraiment après six à dix ans. Jeunes, ils sont souvent austères et fermés — le fruit est là mais pas encore expressif. Si vous voulez boire dans les deux ou trois ans, regardez plutôt les Bourgognes régionaux du domaine ou un village plus souple.
Quelle différence entre le Volnay et le Pommard de De Montille ?
Le Volnay est plus aérien, plus floral, avec une texture fine et une acidité légèrement plus marquée. Le Pommard est plus dense, avec une mâche plus ferme et des tanins plus serrés. Les deux ont la tension caractéristique du domaine, mais le Pommard demande un an ou deux de cave supplémentaire par rapport à un Volnay de même niveau.
Est-ce que De Montille travaille en biodynamie ou en bio ?
Le domaine s'est rapproché des pratiques biologiques et travaille avec des méthodes proches de la biodynamie sur certaines parcelles, mais sans certification systématique sur l'ensemble du vignoble. Étienne de Montille a renforcé ces pratiques progressivement depuis les années 2000, sans en faire une étiquette marketing.
Quel est le meilleur millésime récent à chercher chez De Montille ?
2019 est le millésime qui fait consensus : des vins complets, avec une maturité réelle et une acidité bien présente. 2020 est également très réussi dans un style légèrement plus solaire. 2021 a été impacté par le gel de printemps sur la Côte de Beaune — les volumes sont réduits et les vins plus hétérogènes selon les parcelles. 2022 commence à montrer de belles promesses en dégustation de cuve.
Pourquoi les vins de De Montille semblent-ils plus fermés que d'autres Bourgognes au même prix ?
C'est directement lié à l'élevage en peu de bois neuf et à la préservation de l'acidité naturelle. Sans le gras et la vanille du chêne neuf pour arrondir les angles, le vin se ferme sur lui-même pendant les premières années. C'est un signe de longévité, pas un défaut. Carafez-les largement ou attendez — la patience est récompensée.