2010, 2015, 2016 : les trois millésimes qu'on ne regrette jamais d'avoir achetés

Commençons par ce qui compte : si vous avez des bouteilles de ces trois années dans votre cave, ne les touchez pas trop tôt. Le 2010 est probablement le millésime le plus complet de la décennie. Les rouges sont denses, construits sur une acidité fraîche qui leur donne une longueur impressionnante. On a bu des Pauillac 2010 il y a peu — ils commencent à peine à s'ouvrir. Encore dix ans devant eux, facilement.

Le 2015 est plus immédiatement accessible. Les vins sont charnus, les tanins enrobés, avec ce fruit mûr qui plaît à beaucoup dès maintenant. C'est un millésime généreux, solaire, qui ne demande pas des années de patience. Idéal si vous voulez boire bien sans attendre une éternité.

Le 2016 tient une place à part. Les professionnels le placent souvent parmi les grands millésimes depuis 2009. La structure tannique est remarquable, l'équilibre entre concentration et fraîcheur est rare. Les Saint-Émilion et les Pomerol 2016 sont particulièrement réussis. Des bouteilles à garder — mais si vous cédez à la tentation aujourd'hui, vous ne serez pas déçu non plus.

Pour savoir quelles appellations ont le mieux tiré profit de ces années, notre guide des grands crus classés de Bordeaux vous donnera les repères pour orienter vos achats.

2018, 2019, 2020 : la série chaude qui divise les amateurs

Ces trois millésimes ont une chose en commun : ils sont nés de vendanges chaudes, sous un soleil qui n'a pas toujours laissé les vignes souffler. Des vins généreux, parfois très généreux, avec des degrés d'alcool élevés et une maturité qui ne laisse pas de place au doute.

Le 2018 a bénéficié d'une bonne pluviométrie en fin de cycle, ce qui a évité le surmûrissement. Les rouges sont pleins, avec du volume et une belle persistance aromatique. Plaisant à boire jeune sur les appellations de l'Entre-deux-Mers ou du Médoc entrée de gamme. Sur les grands crus, il faudra patienter un peu.

Le 2019 est peut-être le plus harmonieux des trois. On y trouve une tension qu'on ne retrouve pas toujours dans les années chaudes — les Graves rouges notamment s'en sortent très bien. Si vous hésitez entre 2018 et 2019 sur une même étiquette, pariez souvent sur le 2019.

Le 2020 est plus clivant. Les vins sont riches, concentrés, avec des tanins présents. Les amateurs de style moderne les adorent. D'autres trouvent qu'il manque un peu de l'élégance bordelaise classique. On les apprécie pour ce qu'ils sont : des vins généreux qui conviendront parfaitement à une belle côte de bœuf ou un gigot d'agneau. Sur Vinatis, vous trouverez une belle sélection de ces millésimes à des prix encore raisonnables avant qu'ils ne se raréfient.

2018, 2019, 2020 : la série chaude qui divise les amateurs — Bordeaux 2010-2023 : quels millésimes valent vraiment le détour ?
Photo : Stefan Schauberger sur Unsplash

2011, 2013, 2017 : les millésimes qu'on sous-estime trop souvent

On ne va pas vous mentir : 2011 et 2013 ne figurent pas en haut des listes de critiques. Ce serait pourtant une erreur de les ignorer. Ces années dites difficiles ont souvent donné naissance à des vins plus légers, plus digestes — précisément ce qu'on cherche parfois quand on veut ouvrir une bouteille un mardi soir sans cérémonie.

Le 2011 a souffert d'un été capricieux, mais les producteurs sérieux ont trié rigoureusement. Des vins à boire maintenant, sur le fruit, sans prétention de garde. Ils se révèlent souvent plus agréables que leur réputation ne le laisse croire — et leurs prix sont très accessibles.

Le 2013 est le grand incompris de la décennie. Millésime de pluie, certes. Mais les Pessac-Léognan et certains Saint-Émilion ont produit des vins d'une fraîcheur et d'une finesse inattendues. Si vous tombez sur un 2013 d'un bon producteur à prix doux, ne passez pas votre chemin.

Le 2017 mérite une mention spéciale pour une raison triste : le gel d'avril 2017 a ravagé une grande partie du vignoble bordelais, parfois jusqu'à 80 % de récolte perdue sur certaines parcelles. Les volumes sont faibles, mais ce qui a survécu est souvent de belle qualité. Cherchez les 2017 des meilleurs producteurs bordelais — ils valent la curiosité.

2021, 2022, 2023 : les millésimes récents, entre prudence et enthousiasme

Ces trois dernières années illustrent bien la complexité du climat bordelais aujourd'hui. On ne peut plus parler d'un Bordeaux uniforme — chaque millésime se lit appellation par appellation, producteur par producteur.

Le 2021 a commencé sous de mauvais auspices : printemps glacial, été pluvieux. Pourtant, la fin de saison a sauvé la mise pour ceux qui ont su attendre. Des vins frais, avec une acidité bien marquée, dans un style qui rappelle les années 90. Les amateurs de Bordeaux à l'ancienne y trouveront leur compte. Pour la garde, prudence — mais pour une consommation à moyen terme, le plaisir est réel.

Le 2022 est chaud, solaire, proche du 2020 dans son profil. La sécheresse a été intense, mais les vignes les mieux enracinées et les plus vieilles ont mieux résisté. Les premiers retours de dégustation sont enthousiastes, particulièrement sur le Médoc et les Graves. Pour comprendre pourquoi ces deux appellations réagissent différemment aux canicules, notre comparatif Médoc vs Graves vous éclairera.

Le 2023 est encore trop jeune pour tirer des conclusions. Les primeurs ont montré des vins hétérogènes selon les secteurs — quelques belles réussites en Pomerol et à Saint-Émilion, plus de disparités en Médoc. Si vous achetez du 2023 en primeur ou à sa sortie, concentrez-vous sur les producteurs dont vous connaissez la régularité. Notre page sur les vins de Bordeaux vous donne les fondamentaux pour ne pas vous tromper.

Bordeaux 2010-2023 : quels millésimes valent vraiment le détour ?
Photo : carmen dominguez sur Unsplash

Questions fréquentes

Quel est le meilleur millésime de Bordeaux entre 2010 et 2023 ?

Si on devait n'en garder qu'un, ce serait 2016 — suivi de près par 2010. Le 2016 combine concentration, fraîcheur et structure d'une façon rarement égalée. Le 2010 est légèrement plus austère mais potentiellement plus long en cave.

Quels millésimes de Bordeaux peut-on boire maintenant sans attendre ?

Le 2015, le 2018 et le 2019 se boivent très bien aujourd'hui. Pour les appellations plus modestes comme l'Entre-deux-Mers ou le Blaye, presque tous les millésimes récents sont déjà ouverts et prêts.

Vaut-il mieux acheter du Bordeaux en primeur ou à la sortie ?

Pour les grands millésimes comme 2016 ou 2022, les primeurs peuvent offrir de bonnes opportunités sur les grands crus dont les prix montent ensuite. Pour les appellations plus abordables, autant attendre la bouteille physique et goûter avant d'acheter.

Les millésimes chauds comme 2020 ou 2022 vieillissent-ils bien ?

C'est la grande question. Les expériences passées avec 2003 ou 2009 — deux millésimes très chauds — montrent que les meilleurs producteurs savent dompter l'alcool et la chaleur. Sur les grands crus des appellations historiques, oui. Sur les entrées de gamme, mieux vaut les boire dans les 5 à 8 ans.

Quel millésime choisir pour offrir une bouteille de Bordeaux ?

Pour offrir quelque chose qui se boira dans 3 à 5 ans : un 2019 ou un 2015. Pour un cadeau à garder en cave : un 2016 ou un 2010. Pour un budget serré avec une belle surprise à la clé : cherchez un 2013 d'un bon producteur — il sera souvent à un prix imbattable.